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À poil, les bonobos

 

 

Sur la rive gauche du grand fleuve Congo,

Se balançaient tranquillement aux hautes branches

De grands singes peu familiers et rigolos

Qui très souvent marchent debout et se déhanchent.

 

Et parce qu’ils marchent debout et se déhanchent,

Les savants primates ont-ils une parenté

Avec ces chimpanzés pygmés aux longues manches

Qui passent matin et soir à se contenter ?

 

Et parce que passer son temps à se contenter

Fait disparaître les disputes conjugales,

La science observe ses femelles enchantées

 

Se faire épouiller par leurs dociles mâles ;

Et parce qu’épouiller offre le bonheur social

Pourquoi ne pas tous se laisser pousser les poils ?

 

 

 


 

 

De pang goling, celui qui s’enroule

 

 

Le pangolin ressemble à un tatou rouge

Et un oryctérope,

Il s’enroule vite dès qu’une feuille bouge

Car il est un peu myope.

 

J’aime bien jouer au bille avec les cloportes,

Grimper en haut des arbres,

Martyriser les fourmis qui passent ma porte

Et meurent sur les marbres.

 

Il a la langue très longue des fourmiliers

Mais pas la moindre dent :

Ce serait le parfait animal familier

S’il n’était pas si lent.

 

J’aime bien coller ma bouche et puis baver

Sur les carreaux des cars

Même si ma mère me dit après de laver,

Qu’est-ce que je me marre !

 

C’est un mammifère, un insectivore

Couvert d’écailles dures

Qui a des doigts griffus et qui adore

Chercher dans les ordures.

 

J’aimerais bien en avoir un de pangolin

Et je lui tirerais

Une à une ces écailles - pour faire un câlin -

Tel un artichaut frais.

 

Je suis cet insecte sombre et dur

Qui fouille dans les déjections des autres,

Me donne le soir venu des allures

Et, en pensant à moi, dit « à la votre ! ».

 

Je suis ce cancrelat dans les ordures

Fuyant la lumière et dans votre dos

Profite des miettes, de la confiture -

Puis je crache et referme le pot.

 

Je suis ce cloporte noir et humide

Qui s’enroule ou bien se carapate

Dans les conduites et les coins putrides

Où la crasse épaisse forme une pâte.

 

Je suis cet insecte sombre et dur

Qu’il faudrait écraser en un seul coup,

Dont on admire la réussite sure :

Les insecticides n’en viendront à bout !

 

 

 


 

 

Le bousier

 

 

Le scarabée stercoraire au crépuscule

Vole à ras de terre parmi les moucherons

Et les moustiques paludéens qui pullulent

Près des rives humides à papyrus et à joncs.

 

Sa carapace a des reflets qui ondulent

Comme les noires eaux du Nil où le limon

Mêle sa fertilité pleines de particules

aux grains de sable des déserts de Pharaon.

 

Il cherche dans les étendues de panicules,

Les champs d’épis et les parterres de capitules

La manne molle des vaches ou des bufflons

 

Dont ses six pattes velues et ses mandibules

Pétriront une Terre ronde tel une bulle

Qui roulera sous le Soleil à reculons.

 

 



Les coprophages

 

 

Les crèmes brûlées des étendues clôturées,

Les crêpes chocolatées des vastes pacages,

Les galettes bovines des verts pâturages,

Les tartes cramoisies des glèbes indurées,

 

Les entremets fumants des prairies alpestres,

Les gâteaux tièdes des superficies broutables,

Les œufs pascals cachés dans le foin des étables

Et les truffes des terres caprines du bourgmestre

 

Etaient le festin des horizons édaphiques

Auquel s’attablaient une faune prolifique

De mouches aux reflets violacés qui bombinent,

 

De scarabées à cornes noires, d’acariens,

De collemboles et de petits lombriciens

Lentement empoisonnés par l’ivermectine.

 

 



Les animaux d’Icare

 

 

Des lézards singuliers déploient leur éventail

et flottent dans le vent léger comme une voile

Qu’un marin désespéré de la mer affale

Près des côtes légères et dentelées d’écailles.

 

Des lémuriens volants, des galéopithèques,

Sont sur les îles de la Sonde si maladroits

Et si téméraires quand il se jettent en croix

Dans le vide pour une vulgaire pastèque.

 

Grâce à leurs longues nageoires pectorales

Des poissons exocets se propulsent hors de l’eau

Et font des ricochets à la proue des bateaux

Au dessus de leurs congénères cannibales.

 

Des grenouilles ambitieuses de leur œil glauque

Convoitant les mouches près de ce nénuphar -

le plus éloigné du bord boueux de la mare -

déploient les palmures de leurs pattes en cloque.

 

Sur les eucalyptus à l’écorce marbrée,

La membrane velue du pétaure s’étale

En plus du repli de sa poche marsupial

Où se logent les ridicules phalangers.

 

Des écureuils écrasés par quelque caillou

Ou tombés une fois d’un arbre de large souche

Planent dans les feuilles, leur peau de polatouches

Tendue entre la queue plate et l’abajoue.

 

Dans les dédales des contrées équatoriales,

A l’abri du soleil qui fait fondre la cire

sont cachés les fils d’Icare et les vampires

au patagium translucide comme un pétale.

 

 



Les belles condamnées

 

 

Les chauve-souris se sont vendues

Au diable pour leur doigté alaire

Et leur belle ceinture scapulaire -

Belles condamnées à être pendues

Au tréfonds des cavités calcaires.

 

Leurs ailes de toiles tendues -

Ailes maudites de chiroptère

Au pouce griffé de la misère -

Bruissent comme la mort advenue

Dans l’obscurité crépusculaire.

 

Belles condamnées à être sangsue :

Les hirudinées des mares d’éther

Poussent des cris la gueule amère -

Des cris et des hurlements perdus

Qui leur servent de tristes repères.

 

Le diable leur a ôté la vue

En échange d’attributs aviaires ;

A leur tour, elles volent en enfer

Sans l’ombre d’un espoir de rendu

De la lueur des réverbères.

 

Condamnées à crier à la nue,

Des paroles passant à travers

Tous les murs insonores des airs,

Des cris à gueule et à cœur fendus

Qui passent les gorges de travers.

 

Vampires, les diables descendus,

Noctules, les damnés dans la chair,

Roussettes, les suppôts sanguinaires :

Belles condamnées à être mal vue

pour avoir voulu quitter la terre.

 

 



Le castor

 

 

Le castor a le corps trapu et grassouillet

De l’animal qui, le long des rives d’un lac,

Sur les berges d’un étang ou du Potomac,

Entre deux îles, entreprend de grands chantiers.

 

Le cou épais, le dos voûté et massif,

La tête enfoncée dans les épaules larges,

Il coupe, hisse des troncs et construit des barges

Qui sont parfois emportées par les flots passifs.

 

 

Les deux incisives jaunes oranges qui s’usent

Plus vite à l’arrière qu’à l’avant sont la hache

Servant à manger et à œuvrer sans relâche

A la longue construction de nouvelles écluses.

 

Prêt à se cacher dans les enchevêtrements

D’arbres et de branches qui constituent la digue,

L’ouvrier dévore l’écorce de la bigue,

Le bouleau, le tremble, le saule d’un montant.

 

La queue large et écailleuse sert à la nage

Et du plat elle claque à la surface de l’eau

Quand approchent loutres, lynx, visons, louveteaux

Ou quelqu’autre glouton avide de carnage.

 

Debout sur ses pattes palmées, le castor griffe

Le grand peuplier à la sève délectable,

Joue avec les samares volants de l’érable

Aux couleurs indiennes de l’automne tardif.

 

Durant l’hiver rude et blanc, le bûcheron

S’en va chercher du petit bois au clair de lune

les yeux emmitouflés dans la fourrure brune

faite de bourres rousses et de jarres marron.

 

Le printemps reviendra mettre de l’ordre aux choses :

Le castor se dégourdira sans trop attendre,

les dents biseautées, se nourrira du plus tendre,

Plongera dans la rivière les narines closes…

 

 



La tortue

 

 

La tortue avance sur le sable

Et trébuche sur le même écueil,

La douleur et la chaleur palpables,

Une larme de sel au coin de l’œil.

 

La nuit, les œufs et leurs enveloppes

Tombent dans un intime effort

Dont seuls sont témoins les nyctalopes

Aux yeux brillants comme des photophores.

 

Le soleil bienveillant chauffera

Le monticule de terre enceinte

Et les carapaces des défuntes

Que l’océan ne recueillit pas.

 

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