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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 01:03

angola bia

 

 

Bia Laurinda Chianga Calofele est née à Lubango, capitale de la Province de la Huíla, au Sud de l’Angola, le 26 août 1992. Elle a 17 ans. C’est dans cette ville qu’elle  a grandi jusqu’au début de l’adolescence. Elle parle le portugais et le Mwela (dialecte angolais). Sa mère est morte quand elle n’avait que 6 ans. Son père s’est remarié ensuite. Elle est la benjamine et a 2 frères. Elle ne connaît pratiquement pas ses demi-frères et demi-sœurs.

 

Elle a commencé, à  5 ans, à fréquenter l’école primaire. Mais, à 10, elle a tout quitté – foyer et scolarité. Elle s’est, en fait, enfuie pour vivre dans la maison d’une amie. Sa marâtre l’a traité mal. Alors que la Bia petite refusait de faire la vaisselle, la belle-mère l'a ligoté dans un sac de riz. Après quelques semaines, son père la rechercha et la retrouva. Mais, profitant de l’absence du père lors d’un voyage, elle fugua de nouveau avec une autre amie qui l’emmena à Ondjiva – soit à plus de 300 Km. Elle vécut alors dans cette nouvelle ville, capitale de la Province du Cunene, en dormant une nuit par ci et une autre par là. Pour la nourriture, c’était la même chose ! Un jour, l’ « oncle » Beto, tenancier d’un petit bar, l'a prise à sa charge – surement par compassion pour cette fillette de 10 – 11 ans qui vivait de l’air du temps. Elle refit aussi un bref retour dans la maison paternelle vers les 16 ans. Sa petite fille, qui déambulait à 4 pattes, trouva un billet de 2000 Kz sur le sol. Elle le déchira bien évidemment. La belle-mère furieuse donna une correction au bébé – ce qui décida Bia de prendre encore la poudre d’escampette.

 

Elle a repris l’école en 2006 (à l’âge de 13 ans) en CM2 (= classe 5ª). Mais elle dût s’arrêter peu de temps après. Son premier rapport s’est soldé par une grossesse. Elle ne rencontra que 2 fois le père de son bébé : à l’école et près du réservoir d’eau. Elle ignore son âge (surement plus de 25 ans à l’époque). Il s’appelait Mingo – autrement dit Domingos. Elle n’a plus eu de nouvelles de lui bien avant qu’elle ne s’aperçoive qu’elle portait un enfant. Il paraitrait qu’il vit sur Luanda maintenant. Bia est un peu gênée de parler davantage sur ce sujet. Elle ne veut probablement pas se remémorer.

 

La petite Noelma a 2 ans et vit à Santa Clara (à 40 Km au Sud d’Ondjiva) chez une tante. Cela fait un mois qu’elle l’a laissée au bon soin d’une tierce personne. Cette séparation est difficile même si elle va souvent rejoindre sa fille à la ville frontière. Mais c’est mieux ainsi : elle n’a plus peur que sa petite ait faim. En outre, elle est retournée suivre les cours de 6ème de l’Ecole du Rei Mandume. Elle espère continuer jusqu’à la 3ème (= classe 9ª). Elle recherche également un emploi dont le salaire serait supérieur à 200 US$ par mois.

 

Elle loue une chambre d’une dizaine de mètres carrés qu’elle paye 250 Rands. La propriétaire ne veut que cette devise (250 Rands = 250 N$ = 30 euros). L’électricité coute par mois 500 Kz (= 5 euros). Idem pour l’eau du réservoir (il n’y a pas d’eau courante à Ondjiva). Ses voisins sont tous sympathiques. Elle peut vraiment compter sur Eliza (qui est presqu’une grande sœur pour elle), Chana et Arminda.

 

chambre bia angola


Elle aimerait avoir un bon mari et 2 autres enfants. Elle dit malheureusement que les hommes ici sont intéressés que par une chose (le cul), qu’ils sont menteurs et qu’ils abandonnent les femmes en cloque. Sa grande peur est de ne jamais pouvoir acquérir un toit. Un terrain coûte 500 US$ et une maison 7-8000 US$. Il faut donc qu’elle économise ce qui est quasi impossible tant la vie quotidienne est chère en Angola. Puis elle est sans emploi. Elle reçoit un peu d’argent de ses tantes de Lubango et du « tio » Beto.

 

Les femmes angolaises sont câlines et courageuses, dit-elle. Elles prennent en charge seules l’éducation des enfants. L’Angola est un pays magnifique qu’elle n’échangerait pas pour un autre – même si elle ne connaît aucun pays étranger (sauf la ville d’Oshikango en Namibie). Elle est fière de sa terre. Elle croît en Dieu et va à l’Eglise catholique quelques fois. Elle n’est pourtant pas baptisée. Elle n’irait pas non plus se confesser car elle sait qu’il y a des « padres bandidos » qui séduisent les femmes.

 

Elle aime se balader dans la ville, venir dans ma chambre d’hôtel voir les novelas quand il n’y a plus d’électricité dans la ville, aller en discothèque le samedi soir ou au Cunene Africa le dimanche soir (billet d’entrée 500 Kz). Elle n’aime pas les animaux. Son plat préféré est le funge avec du calulu. Elle l’accompagne volontiers d’une part de gâteau et de jus de fruit. Elle ne boit pas d’alcool ni ne fume. Elle aimerait « namorar » (= sortir) avec un gars sympa et simple qu’elle connaît.

 

Dernièrement, elle a travaillé à la praça (= au marché) pendant 3 jours. Elle a pris soin d’un étal de vêtement pour aider une amie dont le fils en bas âge avait une fièvre de palu. Elle a vendu pour  25000 Kz de T-shirt, pantalon, …

 

Quand je lui ai demande si son passé a été heureux, elle m’a répondu sans hésiter « oui ». Elle a de bons souvenirs de sa vie de bohème : « tu fais ce que tu veux, quand tu veux ! Même si quelques fois tu as très faim ». Elle avoue avoir été une enfant turbulente. Elle se rappelle - avec une certaine espièglerie – la fois où elle a bougé la marmitte de fayots puis qu’elle s’est réfugiée, intouchable, dans un arbre. Puis, une autre fois, avec son amie mãezinha, sur le marché de Lubango, elle a volé une bassine remplie de petits gâteaux qu’elles ont tous mangés – à en être malade.

 

bia angola

 

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Published by pascal - dans angola
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